H. von Thiessen, C. Windler: Nähe in der Ferne (Monique Weis)
Nähe in der Ferne. Personale Verflechtung in
den Außenbeziehungen der Frühen Neuzeit, hg. von Hillard von
Thiessen, Christian Windler, Berlin (Duncker & Humblot) 2005, 157
p. (Zeitschrift für historische Forschung. Beiheft, 36), ISBN
3-428-11904-5, EUR 38,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Monique Weis, Bruxelles
Cet ouvrage collectif, assez court mais très novateur, reprend les contributions d’une session du 45e Historikertag allemand (Kiel, septembre 2004) consacrée aux aspects interpersonnels de la diplomatie à l’époque moderne. Le titre pourrait se traduire par »La proximité dans la distance«, ou, d’une manière plus littéraire, par »si loin, si proche«. Au centre de l’attention se trouvent en effet les réseaux tissés et entretenus par les ambassadeurs et autres protagonistes de la diplomatie, ou plutôt le rôle que ces réseaux personnels ont joué dans les relations internationales.
Hillard von Thiessen et Christian Windler, les deux directeurs bernois du recueil, rappellent dans leur introduction que les historiens s’intéressent depuis longtemps aux soubassements informels de la politique telle qu’elle se déploie à l’intérieur des différents États européens, mais que cette grille de lecture n’est encore que très rarement appliquée à l’histoire diplomatique. Les relations entre États aux XVIe et XVIIe siècles sont toujours interprétées selon le schéma anachronique du XIXe siècle, à savoir comme des relations officielles entre chefs d’États souverains et entre États-nations plus ou moins centralisés. »Nähe in der Ferne« se veut de corriger cette vision faussée en proposant des études de cas qui révèlent la réalité toute autre de la diplomatie aux temps modernes. L’objectif est de contribuer au renouveau d’une histoire diplomatique plus proche des pratiques quotidiennes de cette époque et enrichie par les apports d’autres disciplines, la sociologie et l’anthropologie notamment.
Autour du concept central de Verflechtung, c’est-à-dire d’enchevêtrement et d’interdépendance des personnes et de leurs intérêts, von Thiessen et Windler identifient une série de pistes de recherches et de réflexion: Comment les acteurs de la diplomatie arrivaient-ils à gagner la confiance de leurs interlocuteurs, y compris à distance? Jusqu’à quel point peut-on parler de »marchés« d’influence que se seraient disputés les différentes puissances européennes? Est-ce que les relations diplomatiques ne reliaient pas autant, voire davantage, des diplomates que des souverains ou des États? Comment évaluer les sentiments de loyauté très divers et souvent concurrents – par rapport à leur famille, leurs amis, leurs »clients«, leurs compatriotes, leur souverain – qui dictaient le comportement des diplomates en mission? Et quels furent, dans le domaine des affaires internationales, les rapports dialectiques entre le niveau micro-historique des relations personnelles et le niveau macro-historique de la »grande politique«?
La plupart des articles traitent de missions diplomatiques dans des monarchies électives, où les amitiés nouées et les faveurs obtenues étaient encore plus fragiles qu’ailleurs, où elles devaient être renouvelées à chaque changement de souverain et de gouvernement, au détriment des voisins et concurrents. Hillard von Thiessen et Guido Metzler consacrent ainsi des études fort intéressantes aux représentations du roi d’Espagne, respectivement du roi de France à la cour pontificale sous Paul V (1605–1621). Almut Bues analyse quant à elle les relations de »patronage«, en d’autres termes, de clientélisme et d’influence, par lesquelles les différentes monarchies européennes intervenaient dans les élections royales en Pologne, alors que Heiko Droste se penche sur les activités, entre service du monarque et intérêts familiaux, d’un diplomate danois dans la ville libre et hanséatique de Hambourg. Enfin, Christian Windler analyse les stratégies rivales que les Habsbourg et les rois de France mirent en œuvre dans la Confédération helvétique au XVIIe siècle, afin de s’assurer les services si convoités des mercenaires suisses.
En guise de conclusion, Wolfgang Reinhard, un des pères fondateurs de l’étude des réseaux socio-professionnels au XVIe siècle, propose une réflexion passionnante sur la complémentarité des approches micro- et macro-historiques en histoire politique. Seules des études qui adoptent une double grille de lecture sont capables d’appréhender dans toute leur complexité les structures politiques de l’époque moderne. Cette leçon de méthodologie historique vaut d’ailleurs aussi pour d’autres périodes, singulièrement pour les XIXe et XXe siècles.
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