G. Caspary: Späthumanismus und Reichspatriotismus (René Pillorget)
Gundula Caspary, Späthumanismus und
Reichspatriotismus. Melchior Goldast und seine Editionen zur
Reichsverfassungsgeschichte, Göttingen (Vandenhoeck & Ruprecht)
2006, 240 p. (Formen der Erinnerung, 25), ISBN 3-525-35584-X,
EUR 36,90.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
René Pillorget, Paris
Entre Luther et les humanistes, Érasme en particulier, l’entente n’a été que de courte durée, et due uniquement à des motifs d’ordre polémique; les nouvelles méthodes de critique permettant de l’emporter, parfois, sur des adversaires qui n’invoquaient que le texte de la Vulgate, seul reconnu par l’Église catholique. En fait, le principe de »l’homme mesure de toutes choses« se situait à l’opposé de la foi luthérienne, celle-ci ayant pour effet d’annuler »la mesure de l’homme« pour y substituer »la mesure de Dieu«, mépriser la Raison et le libre-arbitre. »Ou esclave du péché, ou serf de Dieu«: en 1525, ce dilemme aboutit au traité »De servo arbitrio« qui affirme une position opposée à celle d’Érasme.
Or, au cours des décennies qui suivent la mort de Luther (1546), et jusqu’à la veille de la guerre de Trente Ans, il se développe un »humanisme allemand tardif« – concept élaboré par Erich Truntz en 1931 – mouvement intellectuel d’une grande ampleur, s’opposant à la contre-réforme, à la Papauté, notamment à ses meilleurs défenseurs, deux cardinaux, le Jésuite Robert Bellarmin, et l’Oratorien César Baronius, grand éditeur de textes, le »père des »Annales ecclésiastiques« publiées à partir de 1588.
En se fondant
rigoureusement sur les sources, Mme Gundula Gaspary a étudié un
personnage, qui est, peut-être, le plus représentatif de cet
»humanisme tardif«, Melchior Goldast von Haiminsfeld (1578–1635).
Il fait partie de cette respublica
litterarum dont les membres, en général
d’origine bourgeoise, s’intitulaient parfois nobilitas
litteraria. Né en Suisse, protestant,
il avait étudié en Souabe et en Franconie, et ses relations avec un
lettré de Saint-Gall, Barthélémy Schobinger, l’avaient orienté
vers la publication de textes érudits. Avec ce dernier il fut
impliqué dans un procès, intenté par la ville, à propos de
»l’emprunt« (sans permission) de pages de manuscrits, pour les
faire reproduire à l’imprimerie. Affaire sans gravité, mais qui
devait plus tard fournir des arguments à ses adversaires. Il n’en
réussit pas moins à éditer des textes académiques à Nuremberg et
à Lindau. Ce fut après son arrivée à Francfort, en 1605, après
avoir travaillé comme correcteur, et surmonté
d’innombrables
difficultés financières, qu’il put donner
toute sa mesure. Il fut éditeur de textes historiques concernant les
Suèves et les Alamans. Puis de textes juridiques, de recueils des
lois des Empereurs (sept entre 1607 et 1610). Il avait trouvé sa
voie. De l611 à l614, parurent les trois gros volumes qui
constituent son œuvre maîtresse, sa »Monarchia Sancti Romani
imperii sive Tractatus de iurisdictione Imperiali seu Regia et
Pontificia seu Sacerdotali« destinée à connaître une grande
réputation dans le monde des érudits, une sorte de contre-partie
aux travaux de César Baronius. Ils rassemblent un grand nombre de
textes nécessaires à l’étude des relations du pouvoir impérial
et de la papauté, du sacerdoce et de l’Empire, depuis les derniers
siècles de l’Empire romain jusqu’à la fin du XVe
siècle. L’ouvrage paraissait en un temps marqué par de vifs
affrontements entre pouvoir pontifical et autorité séculière:
ainsi, le conflit du pape avec Venise, au cours duquel Paolo Sarpi
défendait un césaropapisme poussé à l’extrême, le dernier où
fut employée la plus sévère des peines ecclésiastiques,
l’interdit sur l’ensemble d’un pays, conflit apaisé seulement
en 1607; ainsi, un serment spécial de fidélité imposé aux
catholiques anglais dont Jacques Ier
défendit la légitimité, en 1608, par un ouvrage polémique contre
le cardinal Bellarmin.
La »Monarchia Sancti Romani« rassemble des textes qui vont tous dans le sens d’une défense de l’autorité de l’Empereur (garant de la Paix de religion d’Augsbourg) et d’une affirmation des droits du Concile. On conçoit que l’ouvrage ait déclenché de vives contre-attaques émanant des Jésuites, et que certains de ses détracteurs aient formulé, en évoquant l’affaire de Saint Gall, des accusations de falsifications. En fait, celles-ci ne sont pas justifiées. En revanche, on peut discuter le choix de ces textes qui vont tous dans le sens voulu par l’éditeur. Ainsi ceux de Jean Gerson, qui publia le »Tractatus de potestate ecclesiastica« et obtint la réunion de ce Concile de Constance, qui termina le schisme; ceux de Saint Ambroise, d’Agobard de Lyon, d’Hincmar de Reims, de Pierre Damien, de Guillaume d’Occam, de Marsile de Padoue, enfin d’Evrard de Trémaugon. Sans oublier Le songe du Vergier. ouvrage anonyme écrit, peut-être sur l’ordre du roi Charles V (1376), publié en français en 1491 et reimprimé en 1501, qui évoque la victoire du chevalier sur le clerc.
On a quelque peine à suivre les conclusions de Mme Gaspary qui rattachent l’œuvre de Goldast aux »lieux de mémoire« concept élaboré par M. Pierre Nora, ainsi qu’aux réflexions d’Aleida et Jan Assmann. Mais on ne peut qu’admirer les résultats d’un travail de recherche qui permet de comprendre, non seulement, un personnage important et jusqu’alors peu connu, mais surtout, un courant intellectuel d’une grande importance pour l’histoire de la pensée dans l’Allemagne moderne.
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