H. Brand (Hg.): Trade, Diplomacy and Cultural Exchange (Éric Schnakenbourg)
Hanno
Brand (ed.), Trade, Diplomacy and Cultural Exchange. Continuity
and Change in the North Sea Area and The Baltic c. 1350–1750,
Hilversum (Uitgeverij Verloren) 2005, 248 p., ISBN 90-6550-881-3, EUR
29,00.
rezensiert von/compte rendu rédigé par
Éric
Schnakenbourg, Nantes
Ce recueil, contenant treize contributions d’historiens de différentes nationalités, a pour objet de montrer comment, à partir de la fin du Moyen Âge, se constitue un vaste espace nord-européen par l’intégration économique et culturelle des régions riveraines de la mer du Nord et de la Baltique. L’ouvrage se décline en trois temps, le premier consacré à l’organisation commerciale, le second aux politiques économiques et le troisième aux échanges culturels.
La première partie est sans doute la plus aboutie. Trois articles sur quatre présentent une véritable cohérence entre eux, et par rapport à la finalité de l’ouvrage. Sur fond d’héritage hanséate, C. Lesger et E. Winroks inscrivent l’activité des marchands d’Anvers au XVIe siècle dans l’évolution générale du commerce baltique. En jouant sur les changements d’échelles géographiques, ils montrent comment ces négociants ont constitué un réseau commercial qui s’étend jusqu’en Russie, par le biais duquel ils jouent un rôle essentiel dans la redistribution des produits occidentaux en Baltique. Les deux études suivantes (M. de Jong et L. Müller) traitent des relations entre les Pays-Bas et la Suède dans la première moitié du XVIIe siècle. Ils mettent en évidence la complémentarité économique de ces deux pays, le premier ayant des capitaux, des réseaux de distribution et la maîtrise technique, alors que la seconde dispose de ressources naturelles primordiales, le fer, le cuivre et le bois. Des entrepreneurs wallons participent à la modernisation de l’industrie métallurgique suédoise. Elle fournit aux Provinces-Unies du cuivre pour renforcer leurs navires et des armes pour la guerre contre l’Espagne. Les réflexions développées à travers l’étude de grandes figures entrepreneuriales, comme Louis de Geer, dépassent le cadre nordique pour concerner l’intégration de la Suède dans l’économie européenne par le biais de son interface des Pays-Bas. La première partie se termine par une étude (A. Little) sur la présence des marins anglais servant dans la flotte hollandaise au milieu du XVIIe siècle.
La seconde partie de l’ouvrage porte sur le cœur de l’ancien espace économique hanséate. J. Weststrate met en évidence le rôle de Dordrecht, à la fois port fluvial et maritime, qui devient, au milieu du XVIe siècle, un débouché majeur pour le commerce de la vallée rhénane, et un centre commercial attractif où se rencontrent des marchands de l’Ouest de l’Allemagne et des Pays-Bas. Le développement des échanges commerciaux entre mer du Nord et Baltique n’est pas allé sans créer de vives tensions qui sont pu dégénérer en affrontements ouverts. C’est ce que montre H. Brand avec la reconstitution d’un conflit entre Lübeck et les villes de Hollande au début du XVIe siècle. Cet exemple illustre la volonté de l’empereur et du roi de Danemark de réduire l’influence de la Hanse dans le commerce du Nord. Le recul relatif de Lübeck et l’avènement de la puissance commerciale hollandaise peuvent être considérés comme des manifestations d’une dilatation de l’espace économique nord européen. Les deux dernières contributions de cette partie portent sur la ville de Bergen. M. Burkhardt, d’une part, et J. Wubs-Mrozewicz de l’autre, traitent des relations entre les marchands allemands et leur entourage norvégien. L’étude de la conflictualité urbaine permet de montrer que les rapports entre Allemands et Norvégiens sont allés bien au-delà des nécessités de l’existence quotidienne. Cette cohabitation produit des changements qui touchent le plus grand nombre, comme l’introduction de la bière au houblon à Bergen. Cette nouvelle demande nourrit des flux commerciaux et des mutations techniques et sociales, avec l’apparition de brasseurs et de brasseries en Norvège. L’étude de ce marché particulier illustre la multiplicité des contacts entre les deux rives de la mer du Nord : échanges commerciaux, transferts de savoirs-faires et aussi le début d’une uniformisation des goûts et des habitudes de consommation.
Le champ culturel est abordé dans la troisième partie du livre. Elle commence par une étude de V. Robijn sur une confrérie de la ville de Kampen de la fin du Moyen Âge à la Réforme. À la croisée de l’histoire religieuse et de l’histoire sociale, l’auteur dégage la pluralité des fonctions de ce type d’organisation. Elle forme un réseau de sociabilité dans lequel les élites urbaines élaborent la construction de leur propre identité, se reconnaissent, et se distinguent du reste de la cité. La volonté d’élaborer sa propre image est également au cœur du propos de L. Hendrikman sur le roi de Danemark Christian II. Dans ses portraits, le souverain, se met en scène par la multiplication des allégories du pouvoir, de la justice et l’allusion à certains épisodes bibliques. Son voyage aux Pays-Bas en 1521 marque l’apogée de cet usage politique de l’art du portrait pour lequel il a fait appel aux artistes les plus réputés. Mais en 1523, confronté à une double révolte interne, il doit se réfugier aux Pays-Bas. Désormais, il lui faut affirmer sa légitimité de souverain de manière explicite, c’est pourquoi les armes des trois royaumes scandinaves, les arcs de triomphe, et mêmes les symboles impériaux sont régulièrement représentés. Les heurts et malheurs de la perception du souverain se retrouvent dans l’étude que J. Van Koningsbrugge consacre au roi de Suède Gustave III. L’auteur veut montrer comment, les coups d’état royaux de 1772 et de 1789 ont été interprétés par les Hollandais. Le premier est considéré comme une mesure salutaire permettant de mettre un terme à la corruption endémique du régime parlementaire suédois. En revanche, le second, visant à faire du roi le seul maître de la politique étrangère, est interprété comme un coup de force inutile, motivé par la vanité de Gustave III. L’article suivant (J. Koopmans) embrasse dans une large perspective chronologique, de 1581 à 1795, la question de l’influence des puissances étrangères sur la censure des publications parues en Hollande. La liberté de la presse et de l’édition a des limites variables qui peuvent être interprétées à l’aune des relations des Provinces-Unies avec d’autres puissances. L’exemple de l’Angleterre montre bien que la propension du gouvernement hollandais à censurer les écrits est directement fonction de la qualité des rapports diplomatiques entre les deux pays. Enfin, cette partie s’achève sur des perspectives de recherche dressées par C. Hasseblatt sur l’identité de la littérature estonienne et ses influences allemandes et hollandaises.
Malgré la qualité indéniable de la plupart des contributions, l’ensemble de l’ouvrage manque d’unité et de cohésion. Le contenu des articles ne répond pas toujours au projet initial d’une réflexion croisée sur les espaces de la mer du Nord et ceux de la Baltique. Il en ressort tout de même plusieurs pistes de recherche permettant d’envisager, à terme, d’écrire l’histoire de ce vaste espace septentrional considéré comme un tout.
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