K. Malettke: Le problème de la sûrete de la paix en Europe avant 1648
Le problème de la sûrete de la paix en Europe avant 1648
Commentaire des contributions présentées par Rainer Babel et Guido Braun
Dans sa contribution, Rainer Babel nous fournit une introduction à la problématique générale qui a été choisie comme sujet central par les organisateurs de ce colloque. Babel évoque brièvement les auteurs qui – avant l 'époque de Richelieu – traitèrent de la question des moyens par lesquels on pouvait »rendre une future paix durable, comment [on pouvait] créer un ordre international stable«1. Se servant des résultats de la recherche moderne, il nous présente les concepts développés par Pierre Dubois, Guillaume Aubert, Émeric Crucé, Maximilien de Béthune, duc de Sully, ainsi que par Georges Podiebrad. Si l 'on tient compte du fait que Babel ne voulait qu 'introduire le thème central de ce colloque, on ne pouvait pas attendre qu 'il nous fournisse de nouvelles découvertes ou de nouveaux résultats de recherches effectuées par lui-même. Mais ceci est bien le cas en ce qui concerne la contribution présentée par Guido Braun.
Celle-ci est bien plus qu 'une mise au point de l 'état actuel de la recherche, car il nous présente aussi les résultats de ses propres recherches. D 'abord, il nous fournit une explication perspicace des termes de »sûreté« et de »garantie« de la paix. Il peut démontrer de quelle manière et dans quel sens les contemporains, les plénipotentiaires français en Westphalie et leurs correspondants à la cour ont utilisé ces termes. Il souligne que le terme de »garantie« était plus précis que celui de »sûreté«. Braun constate que le terme de »garantie« du traité de paix de Westphalie se réfère »exclusivement à l 'article qui fixait les obligations respectives des parties contractantes relatives à la sécurisation de la paix«2. Si les diplomates français eurent généralement recours au terme de la »sûreté« de la paix, leurs homologues allemands utilisaient l 'expression »assecuratio pacis«.
Dans la première partie de sa contribution, Guido Braun analyse »l 'adaptation qui a été faite des projets [formulés par] Richelieu dans l 'instruction qui fut donnée en 1643 aux ambassadeurs qui devaient représenter la France en Westphalie et dans la politique que la France y mena sous d 'autres auspices que le cardinal ne l 'avait prévu«3. L 'auteur étudie de manière très perspicace le projet de Richelieu d 'établir en Europe un système de paix durable et stable, un système que Fitz Dickmann et d 'autres historiens modernes ont appelé un »système de sécurité collective«. L 'emploi de cette notion a été critiquée par des historiens qui argumentaient que ce terme était anachronique. Récemment encore, Françoise Hildesheimer a renouvelé cette critique4. Cependant, Guido Braun conclut – à juste titre – que »sans connaître le mot, Richelieu a bien inventé un système de sécurité collective«5. L 'auteur constate que »pendant tout le temps de son ministère, le cœur de la politique allemande de Richelieu reposait, du moins depuis l 'entrée de la France en guerre, sur le système de la sûreté collective fondé sur les ligues allemande et italienne«6. Mais Braun souligne, à juste titre, que la »garantie qui fut effectivement stipulée par les traités de Westphalie constitue bel et bien ›une garantie collective des signataires‹, mais elle n 'est pas comparable au système de sécurité collective imaginé par Richelieu, système qui reposait sur des ligues et supposait la conclusion d 'une paix générale – ce que la paix de Westphalie ne fut pas«7. Il en fournit la preuve dans la deuxième partie de sa contribution qui est consacrée à l 'analyse de la politique que les plénipotentiaires français menaient en Westphalie en vue d 'obtenir la garantie de la paix à conclure à Münster et à Osnabrück. Ce sont les positions divergentes que les diplomates français, suédois et impériaux prirent à propos de cette problématique que Braun étudie de manière très détaillée et concluante. Résumant les résultats de ses analyses, il constate que »les traités de Westphalie n 'instaurèrent pas un système européen de sécurité collective et qu 'en pratique, [leur] garantie [de la paix] concernait surtout les affaires allemandes, puisque la paix de Westphalie ne fut pas une paix universelle, faute d 'accord franco-espagnol«8. Cette constatation correspond – du moins dans sa substance – au jugement que d 'autres historiens allemands ont déjà formulé il y a quelques années9.
Dans la troisième partie de sa contribution, Guido Braun étudie la question du rôle que le problème de la sécurisation de la paix jouait dans les négociations de paix menées entre la France et l 'Espagne. Il peut démontrer que les efforts français d 'obtenir une garantie valable et durable de la paix à conclure avec l 'Espagne échouèrent parce que la méfiance régnant entre les Français et les Espagnols fut trop grande et – en fin de compte – insurmontable. Ce fut aussi cette méfiance insurmontable qui aboutit finalement à l 'échec des négociations de paix que la France et l 'Espagne menaient en Westphalie.
Dans la quatrième partie de sa contribution, Braun analyse brièvement le traité de garantie franco-néerlandais signé le 29 juillet 1647. Mais ce traité n 'entra pas en vigueur parce que sa réalisation dépendait principalement de la conclusion d 'un traité de paix entre la France et l 'Espagne qui ne put pas être obtenu en Westphalie. Néanmoins, les négociations que Servien menait à La Haye en 1647 prouvent que les responsables politiques français avaient un intérêt majeur à obtenir la garantie des Provinces-Unies.
Résumant les résultats de recherche que Guido Braun présente dans son article, on peut constater que son texte est une contribution majeure à une meilleure connaissance du problème de la sûreté et de la garantie des traites de paix de Westphalie.
Auteur:Klaus Malettke
Philipps-Universität Marburg
malettke@staff.uni-marburg.de
1 Voir, dans ce volume, la contribution de Rainer Babel, <1>.
2 Voir, dans ce volume, la contribution de Guido Braun, <3>.
3 Braun, <8>.
4 Françoise Hildesheimer, L 'Europe – ›grand dessein‹ de Richelieu?, dans: Markus Kremer, Hans-Richard Reuter (dir.), Macht und Moral – Politisches Denken im 17. und 18. Jahrhundert, Stuttgart 2007 (Theologie und Frieden, 31), p. 247.
5 Voir, dans ce volume, la contribution de Braun, <18>.
6 Braun, <29>.
7 Braun, <26>.
8 Braun, <49>.
9 Voir par exemple Klaus Malettke, Les traités de Westphalie (24 octobre 1648) et l 'idée de »l 'ordre européen«. Mythe ou réalité?, dans: Jean-Pierre Kintz, Georges Livet (dir.), 350e anniversaire des Traités de Westphalie. Une génèse de l 'Europe, une société à reconstruire, Strasbourg 1999, p. 161–173.
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