S. Externbrink: La »Révolution diplomatique« et la pacification de l'Europe de 1756/63 à 1789/92
La »Révolution diplomatique« et la pacification de l 'Europe de 1756/63 à 1789/92
I.
En traçant le portrait du système des États de l 'Europe après la fin de la guerre de Sept Ans, l 'historien américain Paul Schroeder constate dans son chef-d 'œuvre sur la transformation de la politique européenne de 1763 à 1848, que l 'Europe des dernières décennies du XVIIIe siècle ne ressemble qu 'à première vue à la période de paix établie à partir de 1815. En vérité, continue-t-il, la période entre la paix d 'Hubertsbourg (1763) et la révolution dans les Provinces-Unies et le déclenchement de la guerre russo-turque (1787) était plus proche des années vingt et trente du XXe siècle qu 'à celles du début du XIXe siècle. Et il conclut: »The late eighteenth-century trend was towards escalation, not diminution, of conflict«1.
L 'historien anglais Hamish Scott considère le déclin évident de la France après 1763 comme principale source de l 'instabilité des relations internationales décrite par Schroeder. Selon Scott, la France ne pouvait pas résister à l 'essor des nouvelles grandes puissances de l 'Est, la Prusse et la Russie, ainsi qu 'au démembrement de la Pologne et de l 'Empire ottoman, ses anciens alliés en Europe de l 'Est. Le déclin de la France contribuait aussi à la retraite du continent et à la splendide isolation de la Grande-Bretagne, car il devenait impossible pour Londres d 'organiser une alliance continentale fondée sur la peur d 'une France aspirant à l 'hégémonie comme à l 'époque du Roi-Soleil2. Par conséquent, seules les guerres révolutionnaires provoquèrent le retour de l 'Angleterre en tant que grande puissance de l 'Europe et antagoniste d 'une hégémonie continentale de la France révolutionnaire et napoléonienne.
Mais certains aspects manquent dans ce portrait des relations internationales de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Ni Schroeder, ni Scott ne mentionnent le fait que surtout l 'Europe de l 'Ouest (la France, l 'Angleterre), du Sud (l 'Italie et l 'Espagne) et du centre (Saint-Empire) ont vécu dans une paix profonde des années 1760 jusqu 'au début des guerres révolutionnaires. En France, en Italie, dans le Saint-Empire, même en Espagne les décennies prérévolutionnaires marquèrent l 'apogée de la culture des Lumières. La paix permit et facilita la communication et le transfert des hommes et des idées: »L 'espace que parcourt et qu 'enchante Mozart se confond, lui, avec la totalité de l 'Europe des Lumières«3.
Il faut donc réfléchir sur les raisons de cette longue période de paix en Europe. L 'instabilité structurelle des relations internationales au XVIIIe siècle constatée par Paul W. Schroeder (»structural instablility of the system«4) a-t-elle contribué au maintien de la paix? Ou est-ce qu 'il existait d 'autres raisons ayant rendu la paix relativement stable et surtout durable pendant presque trente ans? Jamais à l 'époque moderne l 'Europe ne vécut une paix si durable et si stable. Par conséquent, il est possible de développer une interprétation différente de celle de Schroeder et de Scott et de dresser un autre tableau des relations internationales dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Partant d 'une vue d 'ensemble de la guerre de Sept Ans, comprise comme césure dans les relations internationales d 'Ancien Régime, seront esquissés ensuite les principes de la politique étrangère de la France à cette époque et surtout la manière dont les dirigeants français ont alors perçu l 'échiquier européen. Dans une brève conclusion, on se demandera enfin si la politique française était guidée par la vision de l 'assecuratio pacis.
II.
La guerre de Sept Ans est la dernière guerre de l 'Ancien Régime. Mais en ce qui concerne ses origines, c 'est une guerre qui annonce une nouvelle forme de contestations entre les États européens5. Cette guerre n 'est pas le résultat de prétentions dynastiques ou d 'une dispute de succession – c 'est la concurrence coloniale et maritime entre la France et la Grande-Bretagne qui a déclenché une série de confrontations d 'abord en Amérique du Nord et en Inde menant à la »première guerre mondiale«. C 'est la première fois que deux acteurs du système des États font la guerre et ne se réfèrent à aucune prétention dynastique ou confessionnelle, légitimation-type de la guerre à l 'époque moderne. La guerre précédente, la guerre de Succession d 'Autriche, avait été provoquée par la mort d 'un souverain et le désir d 'autres monarques de partager son héritage. L 'extension de ce conflit à l 'Amérique du Nord et à l 'Inde résultait de l 'intervention successive de l 'Angleterre et de la France. Par contre, dans la guerre de Sept Ans, le conflit s 'alluma hors d 'Europe et les deux antagonistes avaient tout d 'abord tenté d 'éviter que la guerre ne s 'étende en Europe6.
Or, la guerre de Sept Ans est en même temps une guerre de »type ancien«. L 'Autriche ne voulait pas accepter la perte de la Silésie décidée lors de la paix d 'Aix-la-Chapelle (1748) et cherchait à tout prix sa revanche sur la Prusse. Les prétentions dynastiques et les litiges territoriaux – la possession contestée de la Silésie – contribuèrent au déclenchement de la guerre en Europe7.
Si l 'on observe correctement les lieux,
on constate en effet que la guerre de Sept Ans en Europe
n 'est pas une
guerre comme les autres conflits de l 'époque moderne. Les champs de
batailles traditionnels des guerres de l 'Ancien Régime, les Pays-Bas et
l 'Italie du
Nord, n 'ont
pas vu d 'armées depuis la guerre de la
Succession d 'Autriche. De même les territoires
voisins du Rhin, pensons au Palatinat, dévasté par l 'armée de Louis XIV,
troisième champ de bataille traditionnel des guerres de
l 'époque
moderne, furent relativement peu touchés par la guerre de Sept
Ans. La guerre en Europe se limita surtout à l 'Allemagne du Nord
(Westphalie, Basse-Saxe), la Saxe, la Silésie, la Bohême et la
Moravie.
La limitation géographique était due au changement fondamental de
la politique des grandes puissances du système d 'États. L 'Angleterre, bien
qu 'elle
demeurât étroitement liée au continent par les intérêts de la
maison régnante du Hanovre, se tournait surtout contre la menace
représentée par l 'essor maritime et économique de la
France8.
Le changement du »système« de la politique étrangère de la France dans les années 1750 était peut-être encore plus profond que celui constaté outre-Manche. La France s 'orientait vers l 'expansion globale et donc contre l 'Angleterre et en même temps renonçait à tout agrandissement en Europe. Le tournant décisif s 'illustra dans la paix d 'Aix-la-Chapelle. Louis XV se contenta d 'échanger les Pays-Bas occupés contre le retour de Louisbourg et d 'autres possessions coloniales tombées sous contrôle britannique pendant la guerre9. En renonçant ainsi à toute conquête, le roi fit preuve d 'une modération jusqu 'alors inconnue qui fut mal reçue par le public. Incontestablement »arbitre de l 'Europe«, Louis XV avait fait le premier pas dans un processus qui se terminerait au printemps 1756 avec la »révolution diplomatique«10. La paix consacrait en même temps l 'affaiblissement de l 'Autriche, qui reconnaissait la perte de la Silésie, et l 'essor de la Prusse comme contrepoids du pouvoir autrichien dans l 'Empire. Dès 1748, l 'Autriche ne représentait plus une menace pour la France.
La place de l 'Autriche comme ennemi »naturel« était désormais occupée par l 'Angleterre11. François de Bussy, premier commis et personnage dominant dans les bureaux du secrétariat d 'État des affaires étrangères pendant le mandat de François Dominique de Barberie de Saint-Contest, présenta entre 1751 et 1755 plusieurs mémoires sur la politique de l 'Angleterre. Bussy blâmait les Anglais de vouloir revendiquer un rôle dominant en Europe, en ce qu 'ils perturbaient ainsi continuellement l 'équilibre interne du système des États. Selon Bussy, cet équilibre a été établi par les traités de Westphalie en 1648 et reposait surtout sur le libre accès au marché colonial12. Mais l 'Angleterre a commencé par détruire cet équilibre à son profit, dans le but de dominer le commerce maritime et l 'Europe: »L 'Angleterre veut changer le sistême de l 'Europe, avec l 'or de l 'Amérique forger des fers à l 'Europe«13. Il était donc désormais impossible de traiter les colonies et l 'Europe séparément. Déjà la République des Provinces-Unies et l 'Espagne avaient perdu leur influence en faveur de l 'Angleterre et maintenant, seule la France résistait encore au »projet de la monarchie universelle achevé par les Anglois«14. Pour Bussy, la France courait le risque de perdre sa réputation de grande puissance en Europe. D 'après sa perception de la politique internationale, la paix entre les États devait être fondée sur l 'abandon réciproque de toute volonté d 'une domination absolue soit sur le commerce international, soit sur les États. Étant donné que les Anglais cherchaient à détruire la »balance des pouvoirs«, la France avait le droit légitime de se défendre.
Ainsi, lorsque le conflit sur les frontières entre les possessions françaises et anglaises dans la vallée de l 'Ohio dégénéra en une guerre ›chaude‹, et surtout après la prise de l 'Alcide et du Lys par l 'escadre de l 'amiral Bouscawen en été 1755, la France se considéra injustement attaquée. Mais Louis XV ne répondit pas immédiatement par une déclaration de guerre. Le roi, qui prit au sérieux l 'exhortation de son prédécesseur sur son lit de mort de ne pas trop aimer la guerre et de l 'éviter à son peuple, chercha encore une voie possible de négociation. De plus, d 'autres questions se posaient: Comment l 'Europe réagirait-elle à cette nouvelle guerre? Quelle stratégie fallait-il choisir? Attaquer encore une fois les Pays-Bas, ou marcher contre le Hanovre ensemble avec la Prusse?
Tous ces problèmes se résolurent en hiver 1755 et au printemps 1756. À Londres comme à Versailles on optait pour la neutralisation du continent dans la guerre coloniale. Protéger les Pays-Bas par l 'alliance autrichienne et le Hanovre par la Prusse, c 'était l 'idée des dirigeants anglais15. Mais en signant la convention de Westminster avec la Prusse, on facilitait l 'accord entre les cours de Versailles et de Vienne. Le traité signé le 1er mai 1756 fit sensation et fut considéré par l 'abbé Bernis, confident du roi Louis XV et négociateur en chef avec l 'ambassadeur autrichien Starhemberg, comme une »révolution […] considérable […] dans le système de l 'Europe«16. Il faut insister sur le caractère de cette alliance: c 'était un traité défensif et de neutralité. Les deux partis contractants se promettaient une assistance mutuelle en cas d 'agression, en excluant le conflit colonial17. Pour Londres, le traité était une grave défaite. L 'Angleterre perdait non seulement son ancien allié, mais aussi le contrôle du glacis continental, c 'est-à-dire les Pays-Bas autrichiens et les ports18. Mais, contrairement aux pires craintes du marquis d 'Argenson – »Nous perdons le fil de nos intérêts les plus capitaux: le soutien du traité de Westphalie«19, écrivait-il au premier commis des affaires étrangères, l 'abbé de La Ville – Louis XV ne sacrifia pas les traditions politiques du royaume. Le maintien des dispositions de la paix de Westphalie ainsi que la garantie française, pilier de la politique allemande de la France, furent explicitement confirmés dans le premier article du traité20. Ce »nouveau système« était l 'œuvre du roi et ceux qui voulaient le mettre en cause risquaient de tomber en disgrâce21.
Par contre, le chancelier Kaunitz ne réussit pas à tomber d 'accord avec la France sur une attaque contre la Prusse. Toutes ses tentatives de transformer le traité en alliance offensive échouèrent jusqu 'au début de septembre. L 'ambassadeur Starhemberg manda à Kaunitz le 18 juillet 1756:
On me déclare constamment et positivement que le Roi ne veut ni peut entrer en guerre offensive contre le roi de Prusse, que, depuis le commencement de la négociation, ç 'avait toujours été-là son sentiment qui m 'avait été dit et confirmé en chaque occasion. Qu 'autre chose serait, si le roi de Prusse venait à nous attaquer et nous mettre par là dans le cas de demander des secours défensifs22.
En attaquant la Saxe et la Bohême simultanément en septembre 1756, Frédéric le Grand rendit à Kaunitz le service de transformer l 'alliance. La France fut appelée à intervenir par deux moyens: par les obligations du traité de Versailles et par sa fonction de garante de la paix de Westphalie23. Frédéric, dans sa versatilité habituelle, contribua par son action précipitée à construire la grande alliance de ses adversaires. À la longue, l 'implication de la France dans la guerre d 'Allemagne devait avoir pour résultat de voir disparaître tous les avantages de la neutralisation du continent qui avait permis de voir se réaliser les succès de 1756 (conquête de Minorque) ainsi que ceux du printemps et de l 'été 1757 (occupation du Hanovre, victoire d 'Hastenbeck, victoires en Amérique du Nord: Fort William Henry).
Grâce à ses victoires de Roßbach et de Leuthen en novembre et décembre 1757, Frédéric le Grand se tira d 'affaire. À Londres, le nouveau premier ministre Pitt réalisa qu 'en soutenant la Prusse, l 'Angleterre forçait les Français à partager leurs efforts entre l 'Europe et les colonies. Frédéric le Grand devint ainsi »l 'épée sur le continent« (Festlandsdegen) des Anglais qui se contentèrent de financer le roi de Prusse et l 'armée du duc de Brunswick qui défendait l 'Électorat de Hanovre. Toutes les autres forces militaires et financières furent dirigées vers l 'Amérique et l 'Inde24.
Nous n 'insisterons pas ici sur les événements de la guerre qui s 'ensuivirent et nous passons directement à la paix de 176325. Cette paix consacrait le statu quo en Europe, avec la confirmation du rang de grande puissance pour la Prusse et pour la Russie. Hors d 'Europe, elle confirmait la domination maritime des océans par l 'Angleterre, qui contrôlait toute l 'Amérique du Nord sauf la Louisiane, et commençait à s 'assurer la mainmise sur l 'Inde. Sans aucun doute la France essuya un grave échec avec la perte du Canada et certains comptoirs des Indes. Désormais, elle conservait son statut de puissance maritime grâce à la restitution des Antilles et des droits de pêche devant Terre-Neuve avec Miquelon et Saint-Pierre. Ces concessions s 'avérèrent quelques années plus tard avoir été une grande faute de la part des Anglais26. Une fois la paix signée, la France commença à reconstruire son armée et à réformer son organisation militaire, tant sur mer que sur terre.
III.
La politique étrangère française après les paix de Paris et de Hubertsbourg suivait l 'orientation inspirée par Louis XV: premièrement, le pacte de famille avec la maison des Bourbons d 'Espagne, et deuxièmement, l 'alliance avec la maison d 'Autriche. L 'objectif de la politique étrangère française était de lutter contre l 'hégémonie maritime de l 'Angleterre. Ce système resta en vigueur jusqu 'à la Révolution française et la chute de la monarchie. Dans le domaine des affaires étrangères, Louis XV s 'avéra donc être un monarque prudent en évitant jusqu 'à sa mort l 'implication de la France dans une nouvelle guerre. Ainsi, il renonça en 1770 à soutenir l 'Espagne contre l 'Angleterre bien que son »premier ministre«, le duc de Choiseul, plaidait en faveur d 'une confrontation. Le roi sentait que le pays n 'était pas encore prêt pour une nouvelle guerre. Ni l 'état de la marine, ni les conflits à l 'intérieur ne permettaient la prise des armes. Louis XV n 'hésita pas à en informer franchement son cousin Charles III, roi d 'Espagne, et il n 'hésita pas non plus à disgracier Choiseul qui voulait risquer une confrontation avec l 'Angleterre27.
Cette prudence caractérisa aussi le comportement de la France dans l 'affaire de la partition de la Pologne. On se souvenait probablement qu 'on avait jadis essayé – sans succès – d 'installer le beau-père de Louis XV sur le trône. Il était impossible d 'intervenir militairement pour empêcher le »brigandage« (Vergennes) de la partition, Louis XV et le duc d 'Aiguillon le savaient. De plus, le public voyait dans la Pologne un pays »rétardé« et sauvage avec un gouvernement »archaïque«. »Le démembrement de la Pologne, même s 'il est considéré par beaucoup comme un crime contre le droit des peuples, est donc néanmoins vu par tous les commentaires comme un signe clair des transformations structurelles à l 'œuvre en Europe«, a conclu Marc Belissa dans un article récemment publié28. Et ne pouvait-on pas regarder la partition de cet »État archaïque« par trois gouvernements »éclairés« comme une contribution à la stabilisation du système des États de l 'Europe? Au moment où en France et en Suède les monarques commettaient des coups d 'État contre les constitutions de leurs monarchies, l 'anarchie qui régnait en Pologne ne servait-elle pas de mauvais exemple29? En tout cas, la partition de la Pologne ne conduisit pas à une guerre générale en Europe.
Bien que Louis XVI ne continuât
pas la politique de force de son grand-père à l 'égard des parlements, il lui
resta néanmoins fidèle en politique étrangère. Avec la nomination
du comte de Vergennes à la tête du ministère, le roi choisit un
diplomate qui avait commencé sa carrière au tournant des années
175030.
Les principales maximes du système politique de la France sous
Louis XVI sont clairement expliquées dans l 'instruction de Vergennes pour le
baron de Breteuil, nommé ambassadeur à la cour de Vienne en 1774.
Selon le ministre des affaires étrangères, la politique française
repose sur trois piliers: »l 'union étroite formée avec
l 'Espagne«;
»l 'alliance
défensive contractée avec la cour de Vienne par le traité du
1er mai 1756«; et »le système fondamental de la
couronne de France depuis un siècle: celui de la garantie de la
constitution et des libertés germaniques fondées sur les traités
de Westphalie«31.
Le but visé par ce système restait le même que sous Louis XV: »contrebalancer la puissance de l 'Angleterre«32. L 'alliance avec l 'Espagne »remplit admirablement le double objet d 'opposer à la marine angloise des forces supérieures dans les forces réunies des deux monarchies, et de tempérer le penchant que l 'Angleterre a d 'attaquer la France par sa répugnance à rompre avec l 'Espagne«33. L 'alliance avec Vienne faisait le pendant au pacte de famille concernant les intérêts maritimes. Étant désormais liée avec l 'Autriche, le seul »ennemi à redouter« sur le continent, par un traité défensif, la France pouvait »diminuer le nombre de ses troupes de terre« et »s 'épargner les liaisons onéreuses qu 'elle avoit entretenues en Allemagne et dans le Nord«34. De plus, cette alliance assurait la paix sur le continent et dans l 'Empire, car tout risque d '»anéantissement« de la Prusse – que les Français n 'avaient d 'ailleurs jamais souhaité – avait disparu35. La Prusse avait réussi à sortir saine et sauve de la guerre de Sept Ans et avait stabilisé son fragile statut de grande puissance lors de la partition de la Pologne. Ainsi l 'équilibre dans l 'Empire était assuré mieux que jamais. L 'existence d 'une Prusse forte donnait à la France toujours une alternative au cas où l 'alliance autrichienne serait rompue, ce que redoutait Vienne. À l 'inverse, la Prusse restait inquiétée de l 'entente entre Vienne et Versailles36. Dans la perspective de Vergennes, la France gardait son libre choix et toute liberté d 'action, bien qu 'il considérât qu 'une alliance avec la Prusse fût »impossible, lorsqu 'on n 'est pas résolu de fouler aux pieds la justice et l 'humanité«37. En ce qui concerne la perception du caractère du monarque prussien, rien n 'avait changé dans le milieu des dirigeants depuis la guerre de Sept Ans38.
Au moment du déclenchement presque simultané de la guerre d 'Indépendance américaine et de la brève guerre de Succession de Bavière, le »système« de la France passait au banc d 'essai où il fit preuve de sa solidité. D 'abord hésitants sur la question de savoir si l 'on pouvait supporter des sujets rebelles, Louis XVI et Vergennes décidèrent que le moment était venu de prendre une revanche39. Écrivant à son oncle Charles III d 'Espagne, le roi résuma ainsi sa décision: »Je crois qu 'à présent le temps est venu de ne plus songer qu 'à prendre les moyens les plus propres pour humilier cette puissance, l 'ennemie naturelle et la rivale de notre maison. Je suis d 'autant plus libre de m 'occuper entièrement de cette affaire que j 'ai pris le parti que Votre Majesté approuvera sûrement de ne me mêler que par de bons offices de la querelle qui s 'est élevée en Allemagne«40. On revenait ainsi à la stratégie de 1755/56: concentrer tous les efforts sur la guerre maritime et neutraliser le continent. Cette fois, le plan se réalisa41. Le conflit entre la Prusse et l 'Autriche ne devint pas véritablement ›brûlant‹, il se transforma en »guerre des patates«, ce qui permet d 'ailleurs de douter s 'il s 'agissait vraiment d 'une guerre42. Sur mer, on réussit à battre la marine anglaise et aida les Américains à obtenir l 'indépendance. Face à cette crise, l 'Europe ne se laissa pas entraîner dans le conflit. Le système des États fit donc preuve d 'une certaine stabilité et les dirigeants d 'une certaine habileté dans la gestion de la crise, contrairement à l 'observation de Paul Schroeder43. Peut-être le fait que l 'alliance franco-autrichienne n 'était fondée que sur la raison, et non sur ›l 'amour‹ contribua beaucoup à sa stabilité. Les relations entre Vienne et Versailles restèrent toujours marquées par une méfiance mutuelle. Mais on voyait clairement à Versailles le profit qu 'on pouvait tirer de cette alliance: la neutralisation soit du Saint-Empire soit aussi de l 'Italie. Ainsi, on avait les mains libres pour concentrer tous les efforts sur la lutte contre l 'Angleterre.
Par contre, le germe de la Transformation of European Politics commença à produire ses effets, dans l 'échec de certains souverains de réformer leurs États. Ainsi la révolte dans les Provinces-Unies et leurs répercussions sur la scène politique annonçait un nouveau type de crise moins caractérisé par la concurrence des intérêts des acteurs, mais par un renversement de l 'ordre intérieur. La faiblesse et le déclin de la France résultaient de l 'échec de la réforme de la monarchie absolue. La chute de la monarchie entraîna la chute de son système de politique étrangère, et les révolutionnaires furent en matière de relations internationales plutôt réactionnaires.
Évoquons les réflexions de Hamish Scott que nous avons citées en introduction en ce qui concerne l 'effondrement du système européen après 1789. Selon lui, l 'une des raisons de la crise du système reposait dans l 'absence d 'hégémonie française. Mais n 'était-ce pas plutôt le contraire? La destruction d 'un réseau de relations personnelles et d 'alliances élaboré par Louis XV et continué par Louis XVI, ainsi que le retour à la politique d 'hégémonie continentale sous la Révolution et sous Napoléon n 'étaient-ils pas à l 'origine de la période de guerres entre 1792 et 1815?
IV.
Résumons: L 'Europe de 1763 ressemble plus à l 'Europe du congrès de Vienne qu 'à l 'Europe des années vingt du XXe siècle, comme le prétend Paul Schroeder. Après 1763, les gouvernants s 'avéraient capables de contrôler les crises et les conflits de l 'époque, soit la partition de la Pologne, soit la guerre d 'Indépendance américaine ou la guerre de Succession de Bavière, ou encore les crises révolutionnaires aux Pays-Bas. La contribution de la France était importante. À l 'origine du »système politique« décrit par Vergennes se trouvait la volonté de Louis XV de pacifier l 'Europe et de maintenir le rôle de la France comme grande puissance et »arbitre de l 'Europe«. Il se servit de nouvelles méthodes et de nouveaux procédés, tel que le renoncement aux conquêtes (par exemple à la paix d 'Aix-la-Chapelle) et surtout de négocier directement avec ses fellow monarchs, le cas échéant même à l 'insu de la diplomatie officielle44. Ce procédé de la négociation directe entre les souverains et leurs ministres sera repris à l 'époque du congrès de Vienne45.
Malheureusement, ni Louis XV ni Louis XVI ne prirent conscience qu 'un nouvel acteur était monté sur la scène politique dès les années 1750: l 'opinion publique. Ils laissèrent le terrain de l 'opinion aux critiques de leurs politiques et rendirent ainsi possible la mise en œuvre d 'une véritable »campagne« contre l 'alliance autrichienne, en oubliant que la »vraie« rivale de la France était l 'Angleterre. Ainsi, l 'alliance avec Vienne devint la cible de toutes sortes d 'attaques et le symbole d 'un »despotisme« du roi et de ses ministres, guidé par des femmes (Madame de Pompadour, Marie-Thérèse et Marie-Antoinette)46. Cette vision domina l 'historiographie du XIXe siècle et était encore visible au siècle dernier47. Ainsi, les défaites essuyées pendant la guerre de Sept Ans n 'étaient pas à l 'origine du déclin de la France comme grande puissance, mais ce rôle revient à l 'échec d 'une réforme des finances de l 'État.
La politique de Louis XV, de Louis XVI, de Choiseul et de Vergennes était-elle inspirée par un »concept« ou une notion qui ressemblait à l 'assecuratio pacis? Il semblerait que ce ne soit pas le cas. Le gouvernement français était toujours intéressé à l 'établissement d 'une »paix sûre« comme disait jadis le cardinal Richelieu. Mais, constatait l 'abbé Bernis en 1757: »L 'objet politique de cette couronne a été et sera toujours de jouer en Europe le rôle supérieur qui convient à son ancienneté, à sa dignité et à sa grandeur; d 'abaisser toute puissance qui tenteroit de s 'élever au-dessus de la sienne«48. Ce n 'était pas la paix qui se trouvait au centre de la politique étrangère française dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, c 'était la réputation et le souci de préserver son statut de grande puissance.
Auteur:Sven Externbrink
Philipps-Universität Marburg
externbr@staff.uni-marburg.de
1 Paul W. Schroeder, The Transformation of European Politics 1763–1848, Oxford 21996, p. 3–5.
2 Hamish M. Scott, The Decline of France and the Transformation of the European States System 1756–1792, dans: Peter Krüger, Paul W. Schroeder, Katja Wüstenbecker (dir.), The Transformation of European Politics 1763–1848. Episode or Model in Modern History?, Münster, Hambourg, Londres 2002 (Forschungen zur Geschichte der Neuzeit. Marburger Beiträge, 5), p. 105–128, en particulier p. 105, 118, 125–128; cf. aussi: Hamish M. Scott, The Emergence of the Eastern Powers 1756–1775, Cambridge 2001; Id., The Birth of a Great Power System 1740–1815, Londres 2006.
3 Pierre Chaunu, La Civilisation de l 'Europe des Lumières, Paris 21993, p. 384.
4 Schroeder, Transformation (voir n. 1), p. 50.
5 Olaf Asbach, Die Globalisierung Europas und die Konflikte der Moderne. Dynamiken und Widersprüche in der Theorie und Praxis der internationalen Beziehungen in der frühen Neuzeit, dans: Sven Externbrink (dir.), Der Siebenjährige Krieg (1765–1763). Ein europäischer Weltkrieg im Zeitalter der Aufklärung, Berlin [2010] (à paraître); Jean-Pierre Bois, De la paix des rois à l 'ordre des empereurs 1714–1815, Paris 2003 (Nouvelle Histoire des relations internationales, 3), p. 221.
6 Pour les origines de la guerre en Amérique du Nord: Fred Anderson, Crucible of War. The Seven Years ' War and the Fate of Empire in British North America 1754–1766, New York 22001, p. 3–73.
7 Pour la politique autrichienne voir: Lothar Schilling, Kaunitz und das Renversement des alliances. Studien zur außenpolitischen Konzeption Wenzel Antons von Kaunitz, Berlin 1994 (Historische Forschungen, 50).
8 Timothy C. W. Blanning, Das Alte Europa 1660–1789. Kultur der Macht und Macht der Kultur, Darmstadt 2006, p. 277–278; Gottfried Niedhart, Handel und Krieg in der britischen Weltpolitik 1738–1763, Munich 1979; Brendan Simms, Three Victories and a Defeat. The Rise and Fall of the First British Empire, 1714–1783, Londres 2007; Jeremy Black, Natural and Necessary Ennemies. Anglo-French Relations in the Eighteenth Century, Londres 1986.
9 Pour l 'histoire de la paix d 'Aix-la-Chapelle voir la synthèse de Heinz Duchhardt, Balance of Power und Pentarchie. Internationale Beziehungen 1700–1785, Paderborn 1997 (Handbuch der Geschichte der Internationalen Beziehungen, 4), 312–318; sur le renoncement français de garder les conquêtes voir aussi Carlo Baudi Vesme, La Pace di Aquisgrana (1748). Una pagina di storia delle relazioni internazionali, Turin 1969, p. 7–10; Rohan Butler, Choiseul. Father and Son 1719–1754, Oxford 1980, p. 720–751.
10 Bois, Paix des rois (voir n. 5), p. 167–169; Id., Fontenoy 1745. Louis XV arbitre d 'Europe, Paris 1996. Pour l 'histoire du renversement des alliances voir Schilling, Kaunitz (voir n. 7); Id., Wie revolutionär war das Renversement des alliances? Überlegungen zum Zäsurcharakter des Bündniswechsels von 1756, dans: Forschungen zur brandenburgischen und preußischen Geschichte, nouv. sér. 6 (1996), p. 163–202; Johannes Burkhardt, Geschichte als Argument in der habsburgisch-französischen Diplomatie. Der Wandel des frühneuzeitlichen Geschichtsbewußtseins in seiner Bedeutung für die Diplomatische Revolution von 1756, dans: Rainer Babel (dir.), Frankreich im Staatensystem der Frühen Neuzeit, Sigmaringen 1995 (Beihefte der Francia, 35), p. 191–217; sur le rôle de Madame de Pompadour dans les négociations: Eva Pollmann, Die Marquise de Pompadour: Ein weiblicher Günstling am Hof Ludwigs XV., dans: Arne Karsten, Hillard von Thiessen (dir.), Nützliche Netzwerke und korrupte Seilschaften, Göttingen 2006, p. 88–113.
11 Daniel A. Baugh, Withdrawing from Europe: Anglo-French Maritime Politics 1750–1800, dans: International History Review 20 (1998), p. 1–32; Edmond Dziembowski, Un nouveau patriotisme français: 1750–1770. La France face à la puissance anglaise à l 'époque de la guerre de Sept Ans, Oxford 1998 (Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 365).
12 Archives du Ministère des Affaires Étrangères, Paris (= AAE), Mémoires et Documents (= MD), Angleterre 51, fol. 44v–45r: »Comme le commerce est la veritable source de la puissance des Etats, les Potentats de l 'Europe pour conserver une même proportion de Puissance entre eux ont établi depuis longtemps une règle fondamentale pour maintenir l 'égalité dans la distribution des richesses qui proviennent du commerce du nouveau monde. Le traitté de Westphalie avoit posé ces fondemens dans le traitté de l 'Espagne avec les Etats Généraux, et les traittés faits depuis avec l 'Angleterre et l 'Espagne y avoient mis ce fondement pour base«.
13 AAE, MD, Angleterre 51, fol. 43v.
14 AAE, MD, Angleterre 51, fol. 43r, cf. aussi fol. 52r–59v.
15 Simms, Three Victories and a Defeat (voir n. 8), p. 399–408.
16 Recueil des instructions données aux ambassadeurs et ministres de France depuis les traités de Westphalie jusqu 'à la Révolution française, vol. 1: Autriche, éd. par Albert Sorel, Paris 1884, p. 365.
17 Scott, The Birth of a Great Power System (voir n. 2), p. 92.
18 Simms, Three Victories (voir n. 8), p. 410–411; Id., Zweierlei Reich. Die britische Politik im Spannungsfeld zwischen Amerika und Europa im Schatten der diplomatischen Revolution, dans: Externbrink (dir.), Der Siebenjährige Krieg (voir n. 5).
19 Le marquis d 'Argenson à l 'abbé de La Ville, 13 août 1756, cité par Didier Ozanam, Le marquis d 'Argenson, l 'abbé de la Ville et le renversement des alliances (janvier–octobre 1756), dans: Roland Mousnier (dir.), Études européennes. Mélanges offerts à Victor-Lucien Tapié, Paris 1973 (Publications de la Sorbonne. Série Études, 6), p. 429–443, ici p. 439.
20 »Le Traité de Westphalie de 1648, et tous les Traités de paix et d 'amitié, qui depuis cette époque ont été conclus et subsistent entre Leurs dites Majestés, et en particulier la Convention, ou Acte de Neutralité signé aujourd 'hui, sont renouvelés et confirmés par le présent traité, dans la meilleure forme, et comme s 'ils étoient insérés ici mot à mot«. Clive Parry (dir.), The Consolidated Treaty Series, 226 vol., New York 1969–1986, vol. 40, p. 339.
21 Edgar Boutaric (dir.), Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie, Tercier et autres documents relatif au ministère secret, 2 vol., Paris 1866, vol. 1, p. 214; le roi au comte de Broglie: »J 'ay très bien vu dans toutes vos lettres, comte de Broglie, que vous avies de la peine à adopter le système nouveau que j 'ay pris; vous n 'étiez pas seul, mais telle est ma volonté, il faut que vous y concouries«; p. 216: »mais aies toujours en vue l 'union intime avec Vienne; c 'est mon ouvrage. Je le croy bon et je le veux soutenir«. Cf. aussi les mémoires de l 'abbé de Bernis: »Le Roi ne me dissimula point qu 'il avait désiré toute sa vie avoir la cour de Vienne pour alliée, qu 'il croyait que c 'était le seul moyen de jouir d 'une longue paix et de maintenir la religion catholique«. Selon Bernis c 'était le »penchant décidé du Roi«, Jean-Marie Rouart, Philippe Bonnet (dir.), Mémoires du cardinal de Bernis, Paris 1980 (Le Temps retrouvé, 21), p. 145; voir aussi pour un premier essai d 'accommodement en décembre 1745: Rohan Butler, Paradiplomacy, dans: Arshaq Ohan Sarkissian (dir.), Studies in Diplomatic History and Historiography in Honour of G.P. Gooch, Londres 1961, p. 12–25; et Id., Choiseul (voir n. 7), p. 615–620.
22 Gustav Berthold Volz, Georg Küntzel (dir.), Preußische und österreichische Acten zur Vorgeschichte des Siebenjährigen Krieges, Leipzig 1899 (Publikationen aus den preußischen Staatsarchiven, 74), p. 478; cf. aussi p. 518.
23 Sven Externbrink, Friedrich der Große, Maria Theresia und das Alte Reich. Deutschlandbild und Diplomatie Frankreichs im Siebenjährigen Krieg, Berlin 2006, p. 122–130; Id., Frankreich und die Reichsexekution gegen Friedrich II. Zur Wahrnehmung der Reichsverfassung durch die französische Diplomatie während des Siebenjährigen Krieges, dans: Olaf Asbach, Sven Externbrink, Klaus Malettke (dir.), Altes Reich, Frankreich und Europa. Politische, philosophische und historische Aspekte des französischen Deutschlandbildes im 17. und 18. Jahrhundert, Berlin 2001 (Historische Forschungen, 70), p. 221–253.
24 Anderson, Crucible of War (voir n. 6), p. 212–214; Simms, Three Victories and a Defeat (voir n. 8), p. 441–443.
25 Pour l 'histoire événementielle de la guerre de Sept Ans, il faut compléter l 'ancien récit de Richard Waddington, La guerre de Sept Ans, 5 vol., Paris 1899–1914, par les synthèses récentes de Jonathan R. Dull, The French Navy and the Seven Years ' War, Lincoln, Londres 2005; Franz A. J. Szabo, The Seven Years ' War in Europe, 1756–1763, Harlow 2008; Anderson, Crucible of War (voir n. 6); Warren R. Hofstra (dir.), Cultures in Conflict. The Seven Years ' War in North America, Lanham et al. 2007.
26 Dull, The French Navy (voir n. 25).
27 Michel Antoine, Louis XV, Paris 21993, p. 923–924. Bien sûr, Choiseul ne porta jamais le titre officiel de »premier ministre«. Pour sa biographie voir, outre le travail inachevé de Butler, Choiseul (voir n. 7), l 'essai de Guy Chaussinand-Nogaret, Choiseul. Naissance de la gauche, Paris 1998; en ce qui concerne sa chute voir les articles de Hamish M. Scott, Religion and Realpolitik: The Duc de Choiseul, the Bourbon Family Compact, and the Attack on the Society of Jesus, 1758–1775, dans: International History Review 25 (2003), p. 37–62; Id., Le Duc de Choiseul, la cour de France et la politique étrangère française, 1761–1770, dans: Revue d 'Histoire diplomatique 118 (2004), p. 281–300.
28 Marc Belissa, Les Causes de la première partition de la Pologne, dans: Revue d 'Histoire diplomatique 122 (2007), p. 249–270, p. 256, 270.
29 Antoine, Louis XV (voir n. 27), p. 951–952. Sur la partition de la Pologne voir Martin Burkert, Frankreich und die erste Teilung Polens. Die Krise der französischen Außenpolitik in der zweiten Hälfte des 18. Jahrhunderts, (thèse) Berlin 1978; Scott, Emergence of the Eastern Powers (voir n. 2), p. 211–220.
30 Sur la révocation de la réforme de Maupeou: John Hardman, Louis XVI, New Haven, Londres 21994, p. 29–38; sur Vergennes: Jean-François Labourdette, Vergennes. Ministre principal de Louis XVI, Paris 1990; Munro Price, Preserving the Monarchy. The Comte de Vergennes, 1774–1787, Cambridge 1995.
31 Recueil des instructions, Autriche (voir n. 16), p. 477. La durée de l 'alliance franco-autrichienne (1756–1792) contredit très nettement l 'hypothèse de Schroeder, Transformation (voir n. 1), p. 7, qui insiste sur la courte durée des alliances après 1763. Pour un sommaire de la politique française à l 'égard de l 'Autriche cf. John Hardmann, Munro Price (dir.), Louis XVI and the Comte de Vergennes. Correspondence 1774–1787, Oxford 1998 (Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 364), p. 106–119.
32 Recueil des instructions, Autriche (voir n. 16), p. 484.
33 Recueil des instructions, Autriche (voir n. 16), p. 477–478; Hardman, Price (dir.), Louis XVI and Vergennes (voir n. 31), p. 73.
34 Recueil des instructions, Autriche (voir n. 16), p. 484.
35 Recueil des instructions, Autriche (voir n. 16), p. 494: »La France ne doit donc pas se prêter facilement à ce qui peut tendre à l 'affaiblissement de la monarchie prussienne«, et p. 488: »Sa Majesté ayant adopté pour maxime de préférer à toute autre gloire celle de rendre ses peuples heureux et de maintenir autant qu 'il est en elle, la tranquillité générale, nulle autre alliance que celle de l 'Autriche ne peut convenir à ses vues et à ses intérêts«. Hardman, Price (dir.), Louis XVI and Vergennes (voir n. 31), p. 248–249.
36 Recueil des instructions, Autriche (voir n. 16), p. 494–495: »L 'alliance fait en effet son désespoir; mais nous devons être d 'autant plus en garde contre les pièges qu 'il nous tend sans cesse, qu 'il est impossible de compter sur la sincérité de ses démarches, et que si nous montrions la plus légère disposition à nous tenir en mesure avec lui, il s 'empresseroit d 'en abuser pour l 'intérêt de son ambition et de sa politique, auquel il se livre sans mesure et sans retenue«.
37 Recueil des instructions, Autriche (voir n. 16), p. 495. Hardman, Price (dir.), Louis XVI and Vergennes (voir n. 31), p. 114, 249.
38 Externbrink, Friedrich der Große, Maria Theresia und das Alte Reich (voir n. 23), p. 154–220.
39 Le processus de décision est analysé par Hardman, Price (dir.), Louis XVI and Vergennes (voir n. 31), p. 49–68.
40 Hardman, Price (dir.), Louis XVI and Vergennes (voir n. 31), p. 263, lettre de Louis XVI au roi Charles III, 19 juin 1778.
41 Hardman, Price (dir.), Louis XVI and Vergennes (voir n. 31), p. 119: »The gamble failed during the Seven Years War, but it succeded during the American conflict«.
42 Sur la guerre de Succession de Bavière: Christopher Duffy, Friedrich der Große. Ein Soldatenleben, Augsbourg 1995, p. 383–395; Eckart Buddruss, Die französische Deutschlandpolitik 1756–1789, Mayence 1995 (Veröffentlichungen des Instituts für Europäische Geschichte, Mainz, Abt. Universalgeschichte, 157), p. 226–260; Lucien Bély, Les relations internationales en Europe. XVIIe–XVIIIe siècles, Paris 42007, p. 633.
43 Pour d 'autres exemples de la gestion des crises sans éclatement de guerre voir Bois, Paix des rois (voir n. 5), p. 219–220.
44 Cf. Butler, Paradiplomacy (voir n. 21.).
45 Schroeder, Transformation (voir n. 1).
46 Thomas E. Kaiser, Who 's afraid of Marie-Antoinette? Diplomacy, Austrophobia and the Queen, dans: French History 14 (2000), p. 241–271; Michael Hochedlinger, »La cause de tous les maux de la France«. Die »Austrophobie« im revolutionären Frankreich und der Sturz des Königtums 1789–1792, dans: Francia 24/2 (1997), p. 73–120; Gary Savage, Favier 's Heirs: The French Revolution and the Secret du Roi, dans: Historical Journal 41 (1998), p. 225–258; Id., Foreign Policy and Political Culture in later Eighteenth-Century France, dans: Hamish M. Scott, Brendan Simms (dir.), Cultures of Power in Europe in the long Eighteenth-Century, Cambridge 2007, p. 304–324.
47 Voir Richard Waddington, Louis XV et le renversement des alliances. Préliminaires de la guerre de Sept Ans, 1754–1755, Paris 1896; mais cf. aussi Buddruss, Die französische Deutschlandpolitik (voir n. 42), p. 80 et 289.
48 Recueil des instructions, Autriche (voir n. 16), p. 356.
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