M. Aurell: Les Cahiers de Civilisation Médiévale au service de l’interdisciplinarité
Fondés en 1958, les Cahiers de Civilisation Médiévalesont depuis peu quinquagénaires. Cinquante ans constituent certes l 'âge de la maturité.*Mais ce périodique fait indéniablement figure de Benjamin en comparaison de la Romania, crée en 1872, de la Revue Historique, en 1876, ou du Moyen Âge, en 1888, pour n 'évoquer que quelques publications francophones admirées de tous. Leur longévité est digne de Mathusalem, car elles sont nées à une époque où le médiéviste devient un professionnel, avec ses chaires universitaires propres et ses instruments scientifiques de qualité, parmi lesquels il faut placer ces mêmes périodiques. La genèse des Cahiers est bien plus tardive. Elle n 'intervient que trois quarts de siècle après ces trois revues prestigieuses, et une cinquantaine d 'années après les Annales(1929), dont chacun sait l 'apport à l 'historiographie en France et au-delà. Le contexte de sa naissance n 'est donc pas celui de la guerre contre la Prusse, de la professionnalisation de l 'histoire, ni même de la crise de 29. Il est plus prosaïquement celui des »Trente glorieuses«, où l 'économie de l 'après-guerre bat son plein et où l 'institution universitaire connaît les signes avant-coureurs de son expansion, voire de son explosion ultérieure. Cette genèse coïncide avec une volonté, assez nouvelle de la part des autorités de la IVeRépublique finissante, de promouvoir des universités performantes en province, dotés d 'infrastructures à la hauteur de leur mission.
Les Cahiers naissent quatre ans après le Centre d 'Études Supérieures de Civilisation Médiévale (CESCM) de l 'Université de Poitiers, et ils se développent en son sein dans une véritable symbiose. Ils ne l 'ont jamais quitté depuis, devenant l 'une de ses vitrines les plus en vue. Le coin de l 'interdisciplinarité frappe ce laboratoire de recherches, fondé à l 'instigation de Gaston Berger (1896–1960), directeur des Enseignements supérieurs au Ministère de l 'Éducation et docteur en philosophie. Il est créé et longtemps dirigé par Edmond-René Labande (1908–1992), professeur d 'histoire, et par René Crozet (1896–1972), professeur d 'histoire de l 'art, qui se retrouvent jusqu 'à leur retraite, en raison de leur direction du CESCM, à la tête de la revue. Depuis 1968, la forte croissance de l 'université a attiré à ce centre de recherches de plus nombreux enseignants et chercheurs, maîtrisant toutes les branches de la médiévistique: histoire et art pour le duo fondateur, mais aussi littérature, linguistique, philosophie et musicologie. Cette diversité est une richesse. Elle permet d 'approfondir, sous tous ses aspects, le Moyen Âge et sa »Civilisation«, notion que d 'aucuns contestent aujourd 'hui en raison de son utilisation maladroite dans des débats politiques et idéologiques récents. Quoi qu 'il en soit du bien-fondé du concept, il est suffisamment large pour permettre la collaboration de spécialistes venus d 'horizons divers.
À cause de la variété des méthodes de la médiévistique, l 'interdisciplinarité ne va pas sans difficulté. L 'historien cherche l 'homme en société à travers des sources littéraires ou artistiques, que les historiens de l 'art et les littéraires tiennent pour un but en soi et qu 'ils étudient en tant que telles. L 'historien s 'intéresse au contexte, le philologue au texte. L 'historien veut dater et situer les phénomènes sociaux, précisant ce qui relève d 'un temps et d 'une géographie déterminés, tandis que les historiens de l 'art, littéraires ou philosophes préfèrent se pencher sur les idées, thèmes, figures et images qui, traversant sans encombre les âges et les espaces, continuent de nous toucher et de conditionner notre perception du réel. Ces quelques généralités montrent que le dialogue entre des chercheurs utilisant des méthodes si différentes n 'est pas toujours facile. Elles reflètent néanmoins le profit supérieur qu 'ils peuvent tirer d 'une attitude d 'ouverture aux sciences voisines et à leur épistémologie spécifique.
Par leur contenu, les Cahiers traduisent le décloisonnement disciplinaire qui caractérise le CESCM. Leur règle est de publier, dans chacun de ses quatre fascicules annuels, trois ou quatre articles de nature toujours différente: l 'un d 'histoire, un autre d 'histoire de l 'art, un troisième de littérature ou linguistique. La musicologie, la théologie ou la philosophie peuvent remplacer l 'un de ces trois thèmes ou donner la matière à un quatrième article. Essentielle aux Cahiers, la norme du partage disciplinaire pour un tiers ou pour un quart est strictement respectée, comme le prouvent quelques sondages sur la dernière décennie. Le volume de 2001 contient treize articles et »mélanges« (textes plus brefs et analytiques sur une question ponctuelle): quatre sur l 'histoire, cinq sur la littérature et quatre sur l 'art. Celui de 2007, dix-sept articles et mélanges: quatre sur l 'histoire, six sur la littérature, quatre sur l 'art, deux sur l 'épigraphie et un sur la musicologie. Celui de 2008, quinze articles et mélanges: six sur l 'histoire, quatre sur la littérature et cinq sur l 'art. L 'équilibre entre les disciplines est ainsi à l 'honneur.
L 'on aura remarqué que, dans cet échantillon significatif, la théologie et la philosophie médiévales sont moins représentées que leurs consœurs disciplinaires. Il est vrai que notre rédaction reçoit peu d 'articles dans ces domaines, tout comme le département de philosophie de notre Faculté n 'a jamais recruté de maître de conférences ou de professeur médiéviste. Cela tient probablement à la fascination qui existe chez tout philosophe envers des idées susceptibles de continuer d 'intéresser les contemporains, quelle que soit l 'époque où elles ont été formulées. Il considère ainsi qu 'il est plus important de chercher la Vérité, avec majuscule, que la façon dont les hommes du Moyen Âge cherchaient la vérité. L 'histoire de la philosophie lui paraîtrait-elle moins prestigieuse ou attirante que la philosophie tout court? Si c 'était le cas, on comprendrait peut-être la difficulté pour notre rédaction d 'obtenir des études sur ce champ indispensable du savoir.
Depuis sa fondation, le CESCM a affiché une vocation ouvertement internationale. C 'est particulièrement vrai pour la »Session d 'été«, regroupant chaque année une trentaine d 'étudiants avancés qui vont y suivre un enseignement de niveau doctoral. En 1954, pour la première session, ils étaient certes vingt-et-un Français, mais aussi trois Néerlandais, deux Britanniques, deux Italiens, deux Belges, un Allemand et un Japonais. En 2009, ils ont été vingt-trois Français pour deux Espagnols, deux Roumains, un Américain, un Canadien, un Italien et un Russe. La proportion d 'un tiers ou plus d 'étrangers est également de mise chez les conférenciers de la Session, qui donnent souvent le texte de leur conférence pour publication dans les Cahiers. Cette tonalité cosmopolite persiste également pendant l 'année académique, où le Master »Civilisation médiévale« attire dernièrement d 'autant plus d 'étudiants de l 'ensemble de la communauté européenne qu 'ils profitent des programmes Erasmus ou Socrate. C 'est pourquoi tout médiéviste poitevin, prononçant une conférence ou une communication en dehors de la France, est abordé de façon heureuse par des collègues du pays qui lui racontent leurs souvenirs d 'un séjour au CESCM et qui lui demandent des nouvelles de ses membres.
Dans sa régularité, la Session d 'été assure aux Cahiers non seulement des auteurs triés sur le volet, mais aussi des lecteurs potentiels parmi les jeunes stagiaires. En ce qui concerne les premiers, les chiffres sont fort parlants de l 'ouverture internationale pour l 'ensemble des années 1958 à 2002. Sur les 2.186 auteurs et recenseurs de cette période, seuls 879, un peu plus d 'un tiers, sont français. Suivent 318 Américains, 215 Allemands (ce qui explique peut-être que le directeur des Cahiers ait été sollicité, plutôt qu 'un directeur de revues plus célèbres, pour prononcer une communication aujourd 'hui), 152 Italiens, 148 Britanniques, etc. Aussi cosmopolite est son lectorat, puisque sur les 1.037 personnes physiques ou morales abonnées à la revue en 2002, les Français ne représentent que 348, suivis par 254 Américains, 94 Italiens et 84 Allemands, sans oublier les 25 Japonais. Pour preuve supplémentaire, s 'il en faut, du rejet du CESCM – dont le responsable actuel, Claudio Galderisi, est italien – de toute forme de nationalisme ou de xénophobie rappelons que les deux derniers directeurs des Cahiers, l 'historien de l 'art Piotr Skubiszewski et l 'auteur de ces lignes sont également d 'origine étrangère. Ils n 'en restent pas moins attachés à l 'utilisation de la langue française dans la revue, au prix d 'un travail, parfois considérable, de traduction et de correction pesant sur ses secrétaires de rédaction.
Logiquement, l 'interdisciplinarité des Cahiers, faisant appel à toutes les branches de la médiévistique, et leur caractère international, attirant des auteurs du monde entier, leur imposent de restreindre son cadre chronologique. Se limiter dans le temps diminue, en effet, le nombre de manuscrits reçus. Or, leur nombre est élevé. Le comité scientifique n 'en retient actuellement que deux tiers pour une impression qui ne peut intervenir que deux ou trois ans après leur arrivée à la rédaction, en raison même de cette longue liste d 'attente de manuscrits. Contrairement aux auteurs, condamnés ainsi à patienter, la rédaction ne saurait que se réjouir d 'un tel engouement. En tout cas, si les pages des Cahiers étaient ouvertes au Haut et au Bas Moyen Âge, les demandes tripleraient sans doute. C 'est une raison de poids pour ne pas remettre en cause la période qui figure nettement sur la couverture des Cahiers, dès leur premier numéro: Xe–XIIe siècles.
Ces trois cents ans couvrent l 'époque par excellence de l 'art roman, dont la densité des monuments en Poitou et Saintonge avait déterminé, dans les années cinquante et soixante, le Ministère de l 'Éducation à concentrer la médiévistique dans l 'Université de Poitiers, tout comme les châteaux de la Loire avaient placé le Centre de la Renaissance à Tours ou les vestiges romains du Sud-Ouest, le laboratoire Ausonius à Bordeaux. Dans sa rationalité, ou plutôt son cartésianisme, ce programme, sorti tout droit des bureaux de la direction parisienne des enseignements supérieurs, fait peut-être sourire les collègues d 'autres pays, habitués à un système moins centralisé. Il n 'en présente pas moins l 'avantage d 'éviter la dispersion des moyens, suscitant, dans trois pôles universitaires différents, la masse critique en nombre de spécialistes, mais aussi en ouvrages de bibliothèques ou en autres éléments de documentation (en l 'occurrence, à Poitiers, la photothèque ou le corpus épigraphique), nécessaires à une formation doctorale de qualité. Tout comme l 'art roman local, cette concentration de moyens explique les trois cents ans de prédilection de la revue. Les siècles étudiés dans les Cahierscoïncident, à peu près, avec les IXe–XIIesiècles que couvre le Centred 'Acquisition et de Diffusion de l 'Information Scientifique et Technique des bibliothèques de l 'Université de Poitiers. Ces C.A.D.I.S.T. ont été créés en France à partir des années 1980 pour doter chaque université de tous les livres et périodiques dans un domaine déterminé. La richesse de notre bibliothèque facilite largement le travail de secrétariat de la rédaction des Cahiers, dont les membres consultent régulièrement les ouvrages pour corriger ou améliorer, si besoin, les articles à publier.
Les livres parus sont présents à deux autres titres dans les Cahiers: comptes rendus et Bibliographie. La revue publie dernièrement plus de cent vingt recensions chaque année. Il n 'en était pas ainsi à ses origines, puisque le numéro de 1958 n 'en contenait que treize. Cette augmentation tient, tout simplement, à la croissance exponentielle de la parution d 'ouvrages scientifiques sur le Moyen Âge au cours de la cinquantaine écoulée. Chaque année, les éditeurs envoient en service de presse quelque 450 livres aux Cahiers soit spontanément, soit à la demande de la rédaction qui en a pris le plus souvent connaissance en dépouillant leurs catalogues. Environ 250 d 'entre eux ne seront pas recensés, mais seulement mentionnés dans un encart publicitaire ou dépouillés pour la Bibliographie que nous aborderons plus tard. Ils concernent des siècles autres que les Xe–XIIe, ou bien ce sont des collectifs. Ils sont versés à la bibliothèque du CESCM.
Les deux cents restants sont proposés à des recenseurs. À deux reprises, en 1965 et en 1971, les Cahiersont publié un »Répertoire international de médiévistes« au nombre de 3.530 et de 4.803, que les plus âgés parmi nous avons souvent utilisé, du moins avant l 'invention du Web. La revue dispose, par conséquent, d 'un excellent fichier informatisé d 'environ 2.500 spécialistes actifs, indexés selon leur champ d 'investigation. Elle peut ainsi choisir chaque recenseur en fonction de ses compétences. Elle le sollicite par courrier. C 'est une tâche ardue, facilitée certes dernièrement par l 'e-mail, puisqu 'il faut en moyenne deux ou trois lettres avant d 'obtenir l 'accord d 'un chercheur disponible. Malheureusement, un tiers de ces acceptations sont sans lendemain: sur les deux cents ouvrages que nous envoyons chaque année aux collègues pour ce travail, seules cent vingt ou cent trente recensions nous parviennent. Dans de rares occasions, elles arrivent à notre rédaction écrites, sinon au vitriol, du moins au vinaigre. Il revient à l 'équipe éditoriale d 'en mitiger quelques expressions abruptes avec l 'accord du recenseur. Il n 'empêche que ces recensions peu amènes suscitent de plus en plus la réaction des ouvrages incriminés qui réclament un droit de réponse. Nous avons jusqu 'à présent accordé ce privilège au compte-gouttes pour éviter de transformer notre revue en un forum polémique, limitant du coup l 'espace consacré aux articles et recensions.
Nullement adepte de la préférence nationale, la rubrique »Comptes rendus et notes brèves« des Cahiers frappe, elle aussi, par son caractère international. Par exemple, le fascicule 206 (avril–juin 2009), dernier paru, en contient trente et un: onze de livres en langue allemande, neuf en français, six en anglais, deux en italien, un en castillan, un en portugais et last but not least un en catalan. Rappelons que cette ouverture à l 'étranger est l 'un des labels de la revue, qui tient à tout prix à sa préservation. En l 'occurrence, elle permet aux médiévistes francophones de se tenir au courant du contenu des principaux ouvrages portant sur la période romane.
Outre les comptes rendus, les Cahiersclassent et indexent, selon les auteurs et des mots-clefs, les ouvrages, articles de périodiques ou de livres collectifs et communications d 'actes de colloques, parus l 'année précédente. À partir de 1969, ces quelque 2.000 titres annuels font l 'objet d 'un cinquième fascicule spécifique, détaché des numéros trimestriels contenant les articles, mélanges et comptes rendus. Après avoir recensé plus de 60.000 titres, cette Bibliographie en papier a vu paraître celui qui deviendra problablement son dernier numéro en juin 2009. En effet, à partir de 2004, le CESCM a conclu un contrat avec la société belge Brepols pour la coéditer en ligne. Sa »Bibliographie de civilisation médiévale« (BCM) complète ainsi l '»International Medieval Bibliography« (IMB) de l 'Université de Leeds, gérée par la même maison. L 'abandon du papier pour l 'informatique ne s 'est pas fait sans douleur pour quelques-uns de nos premiers abonnés, profondément attachés à la consultation du cinquième fascicule des Cahiers. Il est indéniable que feuilleter un volume procure bien plus de satisfaction et plaisir aux médiévistes de l 'ancienne génération que dérouler des listings informatiques sur l 'écran d 'un ordinateur. Mais l 'efficacité redoutable et la rapidité incommensurable de la consultation en ligne des titres et notices bibliographiques ont fini par l 'emporter sur le charme désuet du livre imprimé.
Espérons cependant que la revue résistera au tout informatique et qu 'elle pourra jouir longtemps du prestige que garde encore, dans les sciences humaines, l 'article publié sur papier. Il n 'empêche que, lors de leur réunion de mai 2009, les comités de rédaction et scientifique ont décidé la mise en ligne des anciens numéros de Cahierssur le portail Persee, qui met gratuitement à la disposition des lecteurs les revues scientifiques françaises. Cette mesure ne grèvera guère les finances de la revue, qui vend très peu de ses vieux numéros, dont le stockage pose d 'ailleurs des problèmes récurrents. Elle leur accordera, en revanche, une facilité d 'accès supérieure, permettant au plus grand nombre de chercheurs leur consultation de par le monde. Force est de rappeler au passage que les Cahiers appartiennent au service public. Les recettes dues aux abonnements ne suffisent évidemment pas à leur survie. C 'est l 'université qui prend en charge les émoluments de son secrétaire de rédaction et de ses bibliographe, assistante de rédaction et responsable des abonnements. Dernièrement, les éditions Brepols versent également des vacations à des doctorants qui effectuent, avec la bibliographe, les dépouillements des livres et articles. Des subventions du CNRS ou du Conseil général de la Vienne apportent une moindre aide. En somme, ce financement public milite en faveur de la plus large consultation gratuite des numéros anciens de la revue.
L 'étude historiographique du contenu des articles des Cahiers au cours des premières cinquante années de son existence reste à faire. Elle révélerait probablement l 'évolution récente des études médiévales et, plus généralement, des sciences humaines, puisque la plupart des ténors de notre profession y ont participé. De plus, le comité scientifique demande, presque tous les cinq ans, des articles de fond à des spécialistes, qui résument et commentent les principaux acquis de leur domaine. Les numéros thématiques les plus récents s 'intitulent »L 'état de la recherche sur le Moyen Âge à l 'aube du XXIesiècle« (1996), »Regards croisés sur l 'an mil« (2000), »La médiévistique au XXesiècle« (2005) … En faisant le point sur une question controversée, sur l 'évolution historiographique de longue haleine ou sur les progrès récents de la discipline, ces fascicules sont toujours bien accueillis par le lectorat. Ils se substituent aux actes de colloques, publiés jadis comme l 'un des fascicules des Cahiers,qui jouaient auparavant mutatis mutandisce rôle synthétique: »La femme au Moyen Âge« (1977), »La façade romane« (1991), »Y a-t-il une civilisation Plantagenêt« (1986), »Henri II Plantagenêt« (1994) … La multiplication récente de congrès au CESCM a toutefois arrêté cette pratique. Fondée en 1995, la collection »Civilisation Médiévale«, annexe des Cahiers, accueille désormais leurs actes, ainsi que des thèses de doctorat remaniées ou des mélanges en honneur de collègues partant à la retraite. Elle compte dix-huit volumes à ce jour.
Ces quelques remarques, nécessairement brèves en raison du temps imparti pour chaque exposé, nuancent peut-être le constat – un tant soit peu pessimiste, mais il fallait bien nous pousser à réfléchir et à parer les problèmes des années à venir! – des trois organisateurs de la rencontre »Revues scientifiques: état de lieux et perspectives«. Il est vrai que les périodiques doivent relever »le défi« »des nouvelles technologies«, »de la déferlante des actes de colloques et des mélanges« et des »coupures budgétaires«, que signale à juste titre leur lettre du 16 avril 2009. À part les restrictions financières, dont les Cahierssont relativement épargnés grâce à la générosité de l 'Université de Poitiers, l 'informatique et la croissance des congrès gardent tous les aspects positifs du »défi«, mot particulièrement bien choisi, pourvu qu 'on le perçoive davantage comme un chalenge que comme une menace. En attendant que la toile anéantisse le papier, si tant est que notre génération assistera un jour à cette apocalypse, digne de »Fahrenheit 451«, l 'informatique a permis de donner une nouvelle vie à la Bibliographie de civilisation médiévale.
Quant aux actes des colloques et aux ouvrages collectifs, ils ne semblent pas arrêter l 'envoi d 'articles aux périodiques jouissant d 'une certaine reconnaissance, à savoir ceux que les médiévistes citent dans leurs notes infrapaginales sous une forme abrégée identifiable par le tout venant. Au contraire, les dialogues, échanges et débats, auxquels donnent lieu les congrès, affinent plutôt la réflexion et élargissent l 'érudition des auteurs de textes pour revues. L 'expérience montre que les médiévistes confirmés acceptent volontiers de rédiger un article pour un numéro thématique des Cahiers. Les plus jeunes envoient spontanément à la rédaction des résumés ou des chapitres de leur thèse doctorale, ou bien des études qu 'ils souhaitent faire connaître à la communauté scientifique, mais dont la thématique n 'est pas couverte par un colloque récent ou par un livre collectif, susceptibles de les accueillir. Enfin, la publication croissante d 'ouvrages d 'individus nourrit largement la rubrique »Comptes rendus« des revues scientifiques. Est-ce naïf d 'affirmer que nos périodiques ont encore de beaux jours devant eux?
Autor:
Prof. Dr. Martin Aurell
Universität Poitiers
martin.aurell@univ-poitiers.fr
* Ce texte doit beaucoup aux pages que Marie-Hélène Debiès, directrice de rédaction des Cahiers de Civilisation Médiévale, où elle a travaillé entre 1969 et 2007, a consacrées à la revue dans Ead., Georges Pon, Bénédicte Fillion, Le Centre d'Études Supérieures de Civilisation Médiévale (1953–2003), Turnhout 2003, p. 47–56, 85–88 et 103–106. Il en va de même avec les procès-verbaux des réunions des comités de la revue qu'elle a rédigés jusqu'en 2007. Qu'elle en soit sincèrement remerciée. Nous avons également utilisé le procès-verbal de 2009, dû à Blaise Royer, nouveau secrétaire de rédaction de la revue.
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